Hier, à la Sala Rossa, un hommage en musique et en peinture était rendu à Richard Desjardins. J’ai eu le privilège d’y participer grâce à l’invitation de l’artiste Denis Dulude. Nous devions, à partir de la chanson Un trou perdu de l’album Kanasuta, créer un accord entre la musique, le vin et l’art. Le liant de tout cela? Une émotion, la nostalgie…

Extrait de la chanson Un trou perdu

 

Une délicate guitare ouvre « Un trou perdu ». Une guitare qui tisse un moment de douce nostalgie.

La mélodie qui suit, c’est une vague impression d’être sur une route de campagne, toit ouvert, un vent doux sur les joues… et des souvenirs qui croisent la travée. On avance, sourire figé comme l’hiver. Le présent s’écoule. L’avenir se dessine. Et entre ça, la nostalgie nous tient bien vivants.

« Un trou perdu » que Richard Desjardins qualifie de « … paradis où y a pas beaucoup d’ennuis… »1. On se permet de croire que ce lieu, cet espace ou cet instant peut « allonger l’éternité, agrandir l’univers »1. C’est comme la pâte à tarte, tant qu’on l’étire, tout est possible. La nostalgie, c’est le souvenir qui s’étend sur la Tenderflake. C’est un souvenir puissance mille.

Et la vie se trouve dans un pas plus grand qu’un souvenir.

 

L’accord avec le vin : Idus 

L’éphémère et la nostalgie sont liés à l’expérience du vin. La dégustation est momentanée, parfois sans intérêt, parfois inoubliable. Comme la vie.

Cette chanson inspire le désir de revivre un moment inoubliable. Elle inspire la délicatesse de la mélodie et la force du propos. Un sentiment fort et le désir de se perdre dans une seconde étirée jusqu’à l’éternité. Un instant qui dresse la fleur de peau comme de la nostalgie pure injectée à forte dose.

Peu de vins ont provoqué chez moi de belles et grandes émotions. Mais il y a ce vin d’Espagne du domaine Vall Llach dans la région chaude et aride du Priorat. Ce domaine appartient au chanteur espagnol Lluis Llach, compositeur de l’Estaca, considéré non pas seulement comme un grand artiste mais aussi modèle d’humanité, de liberté, de fierté.

Le lien avec Richard Desjardins est sans équivoque. La poésie, le vin. Deux grandes forces.

L’Idus est un vin texturé, chaud, épicé, au grain défini, comme la voix de Richard Desjardins. Un vin profond et puissant, comme les propos de sa magnifique chanson. Un vin de chaleur comme « la chaude nuit dans son canot d’acajou »2.

Ce vin, c’est un paradis les yeux fermés, qui nous plonge dans « notre trou perdu ».

 

L’oeuvre de Denis Dulude

Après une carrière comme danseur de ballet, Denis Dulude s’est lancé dans le métier de designer graphique. Son style, hors norme, lui a attiré d’importantes collaborations dont l’habillage graphique d’Un gars, une fille, Les mecs comiques, 3X rien, Catherine, Contact… et au cinéma, la création des génériques d’ouverture de L’Âge des ténèbres, Soie (Silk), Le piège américain, Maurice Richard, L’appât, Aurore, The Timekeeper…

Son oeuvre inspirée d’Un trou perdu est éloquente. On y plonge et on doit résister à l’envie d’aller prendre place sur une chaise Adirondack, un verre d’Idus à la main.

 

1 « Un trou perdu » – Kanasuta – Richard Desjardins
2 « Chaude était la nuit » – Abbittibi – Richard Desjardins

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